À l’occasion de cette nouvelle rentrée scolaire (2026), mes pensées vont à toutes les filles et à tous les garçons qui reprennent le chemin de l’école. Je leur souhaite une année laborieuse et couronnée de succès.
Je souhaite également beaucoup de courage aux parents, dont les sacrifices financiers, moraux et affectifs constituent une part essentielle de la réussite scolaire de leurs enfants.
Consciente de ce que une rentrée scolaire ne doit pas être seulement un moment de vœux, je voudrais attirer votre attention sur les droits et des obligations de chacun.
Envoyer un enfant à l’école, ce n’est pas simplement le déposer devant une salle de classe. C’est le confier à la République, à ses institutions, à ses enseignants et à toute la communauté éducative. Et cette confiance impose une exigence absolue : aucun enfant ne doit être exposé à la violence, à l’humiliation, au harcèlement ou à l’exploitation sexuelle dans le cadre scolaire.
I. L’égalité entre les filles et les garçons n’est pas une faveur : c’est un principe constitutionnel fondamental.
La Constitution de la République du Bénin consacre, en son article 26, le principe d’égalité devant la loi, sans distinction notamment de sexe, et affirme clairement que : « L’homme et la femme sont égaux en droit. »
Cette affirmation constitutionnelle n’est pas symbolique. Elle signifie que la fille béninoise n’est pas une citoyenne de seconde catégorie. Elle possède les mêmes droits fondamentaux, la même dignité et la même vocation à participer à la construction de la nation.
——–ajouter l’article sur le droit à l’éducation…….
La Constitution reconnaît également le droit des citoyens à participer à la direction des affaires publiques de leur pays et à accéder aux fonctions publiques, conformément à la loi. Ce principe est également consacré par l’article 13 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Autrement dit, la République n’a pas seulement besoin de filles qui savent lire et écrire. Elle a besoin de femmes capables de devenir enseignantes, magistrates, policières, ingénieures, médecins, entrepreneures, chercheuses, diplomates, responsables politiques et dirigeantes etc.
La scolarisation des filles n’est donc pas une œuvre de charité. C’est un investissement constitutionnel, social, économique et national.
II. La gratuité de la scolarisation des filles : une opportunité historique qui appelle une responsabilité collective
La mesure gouvernementale ayant consacré la gratuité de la scolarisation des filles, de la maternelle jusqu’au secondaire, constitue une avancée majeure dans la démocratisation de l’accès à l’éducation. Elle est accompagnée de soutien financier et l’offre de la cantine scolaire aux enfants issus des couches sociales les plus défavorisées.
Cette politique publique du gouvernement beninois lève une partie importante des obstacles économiques qui pouvaient empêcher certaines familles de maintenir leurs enfants, en particulier, filles à l’école. Aujourd’hui, davantage de filles disposent donc des conditions nécessaires pour apprendre, progresser et construire leur avenir.
Ces mesures n’auront d’effets que si elles sont accompagnées par :
– l’assiduité des élèves ;
– le suivi parental ;
– la qualité de l’enseignement ;
– la sécurité dans les établissements ;
– la protection contre les violences ;
– la discipline et le travail ;
– la lutte contre les mariages précoces et les grossesses en cours de scolarité ;
– et surtout, la tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel.
La responsabilité des parents et de tous les acteurs est donc immense.
Inscrire une fille à l’école ne suffit pas. Il faut suivre ses résultats, connaître ses difficultés, dialoguer avec elle, surveiller son environnement, l’encourager et lui rappeler que son avenir mérite d’être protégé.
Une fille que l’on accompagne aujourd’hui est une femme qui pourra contribuer demain à l’essor de toute la nation.
III. Le harcèlement sexuel en milieu scolaire n’est pas une plaisanterie : c’est une infraction pénale
Il est temps de mettre fin à une dangereuse banalisation.
Les avances insistantes d’un enseignant à une élève, les messages à caractère sexuel, les propositions de relations intimes en échange de bonnes notes, les menaces voilées, les pressions, les attouchements, les invitations répétées dans des lieux isolés ou les promesses de réussite scolaire contre des faveurs sexuelles ne sont pas des comportements anodins.
Ce sont des faits susceptibles de relever du harcèlement sexuel, de l’agression sexuelle, de l’atteinte sexuelle ou, selon les circonstances, du viol.
Le droit béninois est particulièrement clair sur la gravité de la situation lorsque l’auteur est un enseignant ou une personne ayant autorité sur l’apprenant.
L’article 551 nouveau du Code pénal.
La loi n° 2021-11 portant dispositions spéciales de procédure et de répression des infractions commises à raison du sexe prévoit notamment que lorsque le harcèlement sexuel est commis :
– par un ascendant ;
– par un enseignant ou un formateur sur son apprenant ;
– ou sur un mineur ;
l’auteur est puni d’un emprisonnement de trois (03) ans à cinq (05) ans et d’une amende de un (01) million à cinq (05) millions de francs CFA.
En cas de récidive, la peine est portée au double.
La peine est également assortie de l’interdiction temporaire d’exercer les fonctions dans le cadre desquelles l’infraction a été commise, sans préjudice des sanctions disciplinaires et des réparations civiles.
Cela signifie très concrètement qu’un enseignant qui utilise sa position pour harceler sexuellement une élève ne s’expose pas uniquement à une réprimande administrative. Il s’expose à la prison, à une amende lourde, à l’interdiction d’exercer ses fonctions et à des conséquences disciplinaires et civiles.
IV. Aucune liaison amoureuse entre enseignant et apprenant ne peut être banalisée
Le législateur béninois est allé encore plus loin.
L’article 551-1 dispose que toute liaison amoureuse entre un formateur ou un enseignant et son apprenant est interdite.
Lorsque cette liaison est établie par des échanges, comportements, actes ou faits qui en caractérisent la réalité, elle est réputée consécutive à un harcèlement sexuel et punie des peines prévues à l’article 551.
Et le texte précise expressément : « En aucun cas, le consentement de l’apprenant ne peut être retenu. »
Cette disposition est fondamentale. Elle signifie qu’un enseignant ne peut pas se défendre en affirmant :
– « Elle était d’accord » ;
– « Elle m’aimait » ;
– « Elle m’a écrit la première » ;
– « Elle était consentante » ;
– « C’était une relation amoureuse ».
La relation d’autorité entre l’enseignant et l’apprenant rend précisément nécessaire une protection renforcée de ce dernier.
L’enseignant détient un -pouvoir sur l’élève : -pouvoir pédagogique, -pouvoir d’évaluation, -pouvoir d’encadrement, -pouvoir disciplinaire et parfois pouvoir sur son avenir scolaire.
Ce rapport d’autorité crée une vulnérabilité particulière que la loi béninoise protége.
V. Le silence face au harcèlement peut également engager la responsabilité
La loi ne vise pas uniquement l’auteur direct.
L’article 552 nouveau du Code pénal prévoit des sanctions contre celui qui, ayant connaissance d’un harcèlement sexuel alors qu’il était encore possible d’en limiter les effets, n’a pas aussitôt averti les autorités publiques, les organisations syndicales ou les organisations associatives habilitées conformément à la loi.
La peine prévue est d’un emprisonnement d’un (01) mois à un (01) an et d’une amende de 50 000 à 500 000 francs CFA, ou de l’une de ces deux peines seulement, sous les conditions prévues par le texte.
Ce rappel doit interpeller les responsables d’établissements, les encadreurs, les collègues, les surveillants et toutes les personnes qui pourraient être informées de faits graves. Couvrir un prédateur, étouffer une plainte ou empêcher une victime de parler n’est pas un acte de solidarité professionnelle. Cela peut devenir une faute grave, voire engager une responsabilité pénale lorsque les conditions légales sont réunies.
VI. Le viol et les agressions sexuelles sur les mineurs : des actes d’une extrême gravité.
Le Code pénal béninois définit le viol comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui hors sa volonté, notamment par violence, contrainte, menace ou surprise.
Les faits commis sur des mineurs et ceux commis par des personnes disposant d’une autorité particulière sur la victime font l’objet d’un traitement pénal aggravé selon les circonstances prévues par les textes.
La qualité d’enseignant, d’éducateur, de formateur, de surveillant ou de personne ayant autorité sur l’enfant n’est pas une circonstance qui protège l’auteur.
VII. Aux enseignants : votre autorité est une mission, pas un privilège sexuel
À tous les enseignants et encadreurs de la République, le message est simple :
Vous avez reçu une mission d’éducation, pas un droit de conquête sur vos élèves.
Vous avez reçu une autorité pédagogique, pas un permis d’exploiter la vulnérabilité des enfants.
Vous êtes investis d’une responsabilité morale, professionnelle et citoyenne.
Une élève qui entre dans votre salle de classe doit y trouver :
– la connaissance ;
– la sécurité ;
– l’encouragement ;
– la justice ;
– la protection ;
– et la possibilité de réussir par son seul mérite.
Elle ne doit pas être obligée de choisir entre ses études et sa dignité.
Elle ne doit pas avoir à céder à des avances pour obtenir une bonne note.
Elle ne doit pas craindre de perdre son année parce qu’elle a refusé une proposition déplacée.
Elle ne doit pas être intimidée parce qu’elle a dénoncé un comportement inapproprié.
À ceux qui persistent dans ces pratiques, le rappel est solennel : la loi vous rattrapera. Et cette fois, l’ignorance, l’habitude ou la prétendue tradition ne pourront pas vous servir d’excuse.
VIII. Aux parents : ne confiez pas seulement vos filles à l’école, accompagnez-les jusqu’à la réussite
Les parents doivent également comprendre que la protection des filles ne relève pas exclusivement des enseignants ou de l’État.
Il faut parler aux enfants.
Il faut leur apprendre à reconnaître les comportements déplacés.
Il faut leur dire qu’aucun adulte n’a le droit de leur demander des faveurs sexuelles.
Il faut leur expliquer qu’une note, une promotion, une inscription, une faveur scolaire ou une promesse d’emploi ne doivent jamais être conditionnées à une relation intime.
Il faut surtout créer un environnement familial dans lequel une fille peut parler sans être immédiatement accusée, humiliée ou culpabilisée.
Une enfant qui a peur de parler est une enfant que les prédateurs peuvent facilement contrôler.
Le dialogue familial est donc un outil de prévention aussi important que la loi.
IX. Aux filles : votre avenir est plus précieux que toutes les promesses faciles
Chères filles,
Vous avez aujourd’hui des opportunités que beaucoup de générations avant vous n’ont pas eues.
L’école vous ouvre les portes du savoir, de l’autonomie, de la dignité et de la responsabilité.
Ne laissez personne vous convaincre que votre avenir doit passer par la soumission à un homme, par une faveur sexuelle ou par une relation qui compromet vos études.
-Vous avez le droit de dire non.
-Vous avez le droit de dénoncer.
-Vous avez le droit d’être protégées.
-Vous avez le droit de réussir par votre travail.
Mais vous avez également des devoirs : soyez assidues, disciplinées, respectueuses, conscientes de votre valeur et déterminées à construire votre avenir.
Ne harcelez pas non plus vos enseignants. Ne transformez pas l’école en espace de séduction ou de comportements qui compromettent votre parcours.
X. Le Bénin a besoin de ses filles pour se développer
Le développement d’une nation ne peut être porté par une seule moitié de sa population.
Le Bénin a besoin de femmes compétentes dans ses administrations, ses entreprises, ses tribunaux, ses forces de défense et de sécurité, ses universités, ses hôpitaux, ses collectivités, ses institutions et ses secteurs productifs.
Une fille instruite peut devenir une mère mieux informée, une professionnelle compétente, une entrepreneure créatrice d’emplois, une magistrate protectrice des droits, une policière au service de la sécurité, une scientifique, une dirigeante ou une responsable politique.
Investir dans la réussite des filles, c’est investir dans la stabilité, la paix, la justice et la prospérité du Bénin, de l’Afrique et du monde.
Conclusion : cette rentrée est celle de la tolérance zéro
En cette rentrée scolaire, formulons un engagement collectif :
– Aucun enfant ne doit être privé d’éducation en raison de son sexe.
– Aucune fille ne doit être harcelée pour réussir à l’école.
– Aucun enseignant ne doit utiliser son autorité à des fins sexuelles.
– Aucun parent ne doit rester indifférent face aux signes de détresse d’un enfant.
– Aucun témoin ne doit banaliser ou étouffer les faits.
– Aucune victime ne doit être culpabilisée pour avoir parlé.
– Aucun auteur ne doit croire que son statut le place au-dessus de la loi.
L’école doit former des citoyens libres, dignes, compétents et responsables. Elle ne doit jamais devenir un lieu où les plus vulnérables sont exploités par ceux qui détiennent l’autorité.
À toutes nos filles et à tous nos garçons, je souhaite une excellente rentrée scolaire, une année de discipline, de travail, de paix et de réussite.
